Inconvenients
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Je vis le tag « Inconvenients » de façon très concrète, presque au quotidien, dans tout ce qui demande d’expliquer, de rassurer ou de reformuler. Je ne parle pas ici d’un grand drame, mais d’une fatigue diffuse. Quand je rencontre quelqu’un, il y a souvent un moment où je sens que je dois choisir mes mots avec soin, surtout parce que je suis encore en cours de coming out. Je ne peux pas toujours être spontané comme je le voudrais. Je mesure les réactions, je teste le terrain, je vérifie si la conversation peut rester simple ou si elle va se transformer en débat sur ce que signifie être bi. C’est là que l’inconvénient apparaît pour moi : pas dans mon orientation en elle-même, mais dans le regard que les autres posent dessus, dans les interprétations rapides, dans les questions qui me renvoient sans cesse à quelque chose que je voudrais parfois vivre plus librement. Je le ressens aussi dans les échanges affectifs, parce que je cherche de la qualité avant tout. J’aime les conversations stables, nettes, honnêtes, et pourtant le sujet peut amener de la suspicion là où je cherche juste de la confiance. Il m’est déjà arrivé de sentir que je devais prouver ma sincérité, comme si le fait d’être attiré par plus d’un genre rendait mes intentions moins lisibles. Cet inconvénient-là me marque, parce qu’il oblige à une forme de pédagogie permanente. Je peux accepter d’en parler, je peux même le faire avec calme, mais je dois aussi composer avec l’usure que cela crée. À force, je comprends mieux pourquoi certains silences sont protecteurs : ils ne disent pas un refus d’être vu, ils disent seulement le besoin de choisir le bon moment. Ce que je trouve le plus délicat, c’est que ces inconvénients sont rarement spectaculaires. Ils se glissent dans les détails : une remarque maladroite, une curiosité mal placée, une conversation où je sens que je ne suis plus une personne entière mais une case à commenter. Dans ces moments-là, je me raccroche à ce qui me tient vraiment : une parole sobre, des échanges honnêtes, une façon de rester moi-même sans jouer de rôle. Le mot « Inconvenients » me parle parce qu’il décrit cette tension discrète entre ce que je vis intérieurement et ce que le monde m’oblige parfois à gérer. Je n’en fais pas une plainte, mais je ne veux pas non plus le minimiser. Si je raconte cela ici, c’est précisément parce que je veux nommer ce qui pèse, sans le grossir, et sans le cacher.