Temoignage
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Je me reconnais profondément dans la rubrique DireOuPas, parce que j’ai longtemps cru que parler de l’intime devait soit tout dire, soit se taire complètement. Avec le tag Temoignage, je trouve enfin une place plus juste : je ne viens pas exposer ma vie comme on ouvre un dossier, je viens raconter ce qui m’a réellement traversé, ce qui m’a retenu, ce qui m’a appris à mesurer mes mots. Sous le pseudo YanisLune, je préfère partir de mon vécu plutôt que d’une idée abstraite, parce que ce sont les faits, les réactions, les silences et les maladresses qui m’ont construit. Quand quelqu’un réagit mal à une confidence, je le garde longtemps en moi. Ce n’est pas de la faiblesse, c’est une mémoire sensible. Et c’est précisément pour cela que je comprends si bien ceux qui attendent avant de parler : parfois, le temps est la seule façon de ne pas se trahir. Dans ma vie d’infirmier, j’ai appris qu’une parole peut soigner comme elle peut brusquer. J’arrive souvent dans des espaces où l’on me confie des choses fragiles, sans fard, parfois au bord de la fatigue ou de la peur. Cette expérience m’a rendu présent, attentif, rassurant sans chercher à m’imposer. Elle m’a aussi appris que le bon moment compte autant que le contenu. C’est sans doute ce qui influence ma manière de vivre ma bisexualité et mon coming out partiel : je ne ressens pas le besoin de me livrer d’un bloc, mais je refuse aussi de vivre dans la dissimulation complète. Je choisis ce que je peux dire, à qui je peux le dire, et dans quelles conditions cela restera habitable pour moi. Ce n’est pas une stratégie de fuite, c’est une façon de protéger mon équilibre sans renoncer à l’honnêteté. Le témoignage, pour moi, n’a de valeur que s’il reste incarné. Je peux parler de piano, de nuits calmes, de bord de mer, de ruelles hors saison, de noir simple et d’une élégance discrète, parce que tout cela dit aussi ma manière d’être au monde : contenue, mais pas fermée ; intense, mais douce ; attentive, mais pas effacée. Dans DireOuPas, je ne cherche pas à convaincre ni à faire de grandes déclarations. Je cherche à dire comment je vis vraiment ce rapport délicat entre le dedans et le dehors, entre ce que je ressens et ce que je laisse entrer dans la relation. Si je témoigne, c’est pour laisser une trace honnête de cette tension-là, et pour rappeler qu’on peut avancer sans se violenter, en parlant juste assez pour rester vrai, et pas trop vite pour se perdre.